Kubra Khademi

Née en 1989 à Ghor (Afghanistan), vit et travaille à Paris.

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Pourquoi le mot « féministe » sonne-t-il comme une insulte ? Pourquoi ces femmes sont‑elles traitées comme des terroristes ? Pourquoi les luttes ne finissent-elles jamais ? Fille d’une mère qui lui a appris le patriarcat et à se soumettre, qui l’a battue pour que ses coups soient moins forts que ceux d’un homme, Kubra Khademi est une folle, une sorcière, une femme qui rêvait de devenir libre et, pour le devenir, d’être artiste.

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Folle, elle l’était de dessiner, alors qu’elle n’était qu’une enfant, des femmes nues tout cheveu dehors en revenant du hammam ; folle elle l’était encore d’avoir porté, quelques années plus tard, une armure dessinant généreusement les formes du ventre, des seins et des fesses en plein milieu de Kaboul, encerclée d’une horde d’hommes la méprisant.

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Petite fille, devenue femme, blessée dans sa chair puis exilée de son pays, elle s’évertue désormais à briser le mur qu’elle a patiemment érigé pour se protéger. Ce sera donc par une recherche de vulnérabilité, passant par la souffrance, l’endurance ou la réification de son corps en objet, que Kubra Khademi a décidé de poursuivre son combat. De ses performances en suspension ou ligotée, que l’on retrouve dans les rapports de domination mais aussi dans certaines pratiques sexuelles, elle explore les liens qui libèrent. Comme si la violence physique n’était rien comparée à celle symbolique, quotidienne et implicite que vivent de nombreuses femmes rendues invisibles pour ne pas perturber l’ordre du monde organisé par les hommes.

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Dans ses dessins et ses peintures, dont le trait est revenu à celui ingénu de son enfance, elle mobilise un imaginaire fantastique, où les femmes ressemblent à des nymphes, ces créatures subalternes de désirs et de fertilité. Les corps nus, celui de sa mère ou le sien, flottent dans la page, badinent ou sont lavés comme on laverait la culpabilité d’être celle que l’on est, avec son lot de fantasmes, de projections sexistes et de fierté recouvrée. Kubra Khademi sonde la géographie des corps afin de peindre l’identité de son pays, elle soulève le voile des interdits et brave les atrocités par l’insolence et l’innocence de la nudité.
Texte par Marion Zilio



Légendes :

Kubra Khademi, Sans titre, 2018, série Paraqcha ha © Tous droits réservés

Kubra Khademi, Sans titre, 2018, série Paraqcha ha © Tous droits réservés

Kubra Khademi, Révélations Emerige 2019 - L’effet falaise, commissariat Gaël Charbau, Voltaire, © Rebecca Fanuele

Kubra Khademi (et Janna Zhiri, Olivier Bémer), Révélations Emerige 2019 - L’effet falaise, commissariat Gaël Charbau, Voltaire, © Rebecca Fanuele



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