Carlotta Bailly-Borg

Née en 1984 à Paris, vit et travaille à Bruxelles.

Il est des œuvres qui traduisent immédiatement l’urgence. L’urgence de dire, de faire, de voir à nouveau pour glisser sur les pentes abruptes d’un temps qui ne se donne qu’en contre-plongée. Ancrée sur la paroi, Carlotta Bailly-Borg défie cette gravité temporelle pour permuter l’horizon et, depuis son aval, fixer cette montagne qui nous a accouchés ; c’est donc tout ça la peinture, tout ça la vie. Puisant ses thèmes à travers l’histoire de l’art, la mythologie et la culture, ses œuvres déjouent systématiquement l’image pour en briser le pouvoir d’illusion. La physique impossible de corps flottants se résout dans l’ajout de sparadraps, la ligne claire vient contrecarrer le volume illusionniste d’un dégradé, l’espace de l’atelier tord la perception d’un tableau qui s’intègre dans un dispositif qui l’a déjà distancié.

Carlotta Bailly-Borg ne s’émancipe ni n’assimile l’histoire par posture mais par sa position même. Figuration, abstraction, réalisme, minimalisme se conjuguent dans une pratique qui les embrasse sans hiérarchie. Son poste de travail, c’est donc la peinture, « après ». Accumuler sans empiler, c’est tout l’art de cet origami visuel qui, dans chacun de ses plis, rejoint des traditions, des lieux et des temps que sa ligne inscrit dans un flux continu. C’est ainsi à l’essence de la vie, au tumulte de la friction des corps, à l’urgence du désir et à l’insurmontable paradoxe de l’amour qu’elle se mesure. Rares sont ceux à en être sortis vainqueurs et peu, ici aussi, ne l’envisageront tant ces danses paraissent des frénésies vécues dans leur plein instant.

Contraints par l’espace qu’ils habitent, celui de la peinture, les corps se croisent et s’emmêlent avec la même nécessité qui concourt à leur rencontre, limités par la surface « occupable » de peinture comme nos corps invisibles de chronologies qui les ont jetés là, qui ont ouvert autant que réduit leur liberté de se mouvoir et de s’émouvoir. Qui peut alors parler d’antinomie quand la brûlure du désir continue d’immoler des destinées capables d’anéantir comme de prolonger, d’un souffle, la lignée infinie d’événements ayant concouru à leur essor ?

Texte par Guillaume Benoit

Œuvres présentées dans « L’effet falaise »

Œuvres de l’artiste

@emerigemecenat

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