Janna Zhiri

Née en 1992 à Montpellier, vit et travaille à Marseille.

Dans leur répétition boiteuse, leur bégaiement, Janna Zhiri fait des objets et images qu’elle compile dans des installations totales des êtres insoumis à leur fonction, à leur propre perfection, pour faire tressauter l’ordre de leur existence. En perforant leur effectivité attendue, elle ménage une renaissance de leurs effets et c’est toute l’histoire qui s’en trouve chamboulée.

Une perspective sur le monde assumée par cette artiste qui livre, à travers de nouvelles généalogies, des miroirs éloquents de la narration du réel qui nous rappellent l’impossibilité d’une science capable d’embrasser la complexité toujours grandissante du temps passé. Car s’attaquer à l’histoire c’est entendre ses limites. Alors à l’histoire qui fabrique l’historienne, l’artiste fait recollection des histoires pour s’inventer « historienne » et plonger avec délice dans les affres de chacun, dans l’horreur et la beauté de tous.

Emplie d’un humour farouche et d’une gaieté vénéneuse, son œuvre fait hoqueter le bon goût, brandissant sur des papiers monumentaux des pastels aux allures d’étendards de nations grotesques où les animaux naïfs côtoient les silhouettes graves, où les femmes sans membres croisent des hommes sans tête…

Des fantaisies sans héroïsme mais pleines de chimères, plongées dans des odyssées dont la création s’écrit sous nos yeux, réinventant par là l’étymologie du terme même de « scénographie », modelant l’écriture de son œuvre au fil de sa mise en scène. Temps, lieu et langue deviennent variables égales de contes philosophiques pittoresques empreints d’une intime autofiction. De son trait sauvage, de ses performances émergent alors la dureté de nos peurs intimes, de mondes grotesques où le rire n’est que le masque du bal tragique qui nous a déjà intégrés à sa ronde.

Qu’est-ce alors qui fait plus histoire que celles que, tous, nous sommes racontées, pensant fuir un réel qui n’offrait que le revers d’un masque qui s’apprêtait à nous hanter, nous enter à son regard dont les fantaisies et fantasmes s’avèrent, à mesure que l’on a grandi, définitivement perceptibles, à condition de les accueillir, à travers nos sentiments quotidiens ?

Texte par Guillaume Benoit

Œuvres présentées dans « L’effet falaise »

Œuvres de l’artiste

@emerigemecenat

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